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TOUS "CHIENS DE GARDE" ?

Par Maite Pinero

Cela a demandé du temps.

La candidature communiste a suscité la curiosité.

Le parti communiste a, à nouveau, été invité à s'exprimer sur les chaînes, les radios, dans les colonnes des journaux.

Il y a eu des échanges sportifs.

On l'attendait avec condescendance et au tournant le petit gars du nord, guettant la phrase, tendant des chausse-trappes.

On est de la partie, on connaît ce pouvoir et les ficelles, on en voyait saliver d'avance. On se souvient des débuts du PCF à LA télévision dans les années 60. Notre cher Waldeck Rochet était mal à l'aise et, face à lui, la malveillance infinie. On était malheureux avec lui. Georges Marchais qui ne se laissait pas démonter, leur a ensuite tenu la dragée haute, avec conviction et gouaille. ll nous avait bien vengés. Et puis Duclos et René Andrieu.

Fabien, c'est un autre style.

A l'aise, Blaise. Calmos et bienveillance.

Depuis le début, et il s'est bien rodé, il répond au journaliste mais parle à ceux qui l'écoutent. Il pousse les portes du studio, y fait entrer les ouvriers en lutte, rencontrés la veille ou l'avant-veille, les soignants, vus quelques heures avant, les familles de sa circonscription. Il tient son fil, pacter avec le peuple, susciter son engagement.

Si l'on reprenait tous ses discours et interviews, on y retrouverait la carte de France d'un mouvement social qui se développe et se cherche. Car, répète t il, rien ne se fera sans lui. On y retrouverait aussi la carte d'un parti qui réplique et amplifie ses propositions sur le terrain.

Les journalistes ont bien fini par le remarquer. Les plus hostiles ont bien compris qu'ils devaient modérer leur caquet, chez d'autres on a vu naître un certain respect. Ils ont en effet constaté que "le petit gars du nord" connaît son sujet et qu'avant de tenter de l'emberlificoter, mieux vaut connaître le prix de la baguette ou celui du ticket de métro. Oui, c'est ballot !

Ces commentateurs et journalistes ont leurs opinions politiques mais ils font un métier qui consiste à observer, analyser, croiser les infos. Ils ont trouvé leur scoop: oui, comme le prouvent les polémiques ridicules, le candidat communiste est "la cible d'une certaine gauche". C'était le bandeau de Bfm tv, dimanche, tandis qu'une élue EELV qui n'avait sans doute pas vu le piège, où s'en fichait, le justifiait stupidement en qualifiant les propos de Fabien Roussel de "cocorico". Glousse et roule, ma poule !

Oui, comme l'écrit une partie de la presse la candidature communiste dérange. "il va sur des sujets où on ne l'attendait pas", commente Éric Coquerel pour éviter de dire qu'on ne l'attendait pas du tout. On aurait pu s'entendre tellement bien sans lui à discuter du sexe des anges et nous faire prendre des perdreaux pour des canards sauvages.

"Cible de gauche" donc, et quoi d''étonnant ? On le découvre que la gauche a abandonné ses valeurs ? Ce qui serait inquiétant justement, ce serait le contraire, que la candidature communiste soit conforme à la mélasse ambiante, une chaise de plus dans le salon parisien.

L'argument faux cul consiste maintenant à affirmer que l'intérêt journalistique pour notre candidat est la preuve qu'il vire à droite. Journalistes et commentateurs seraient ainsi devenus un seul bloc de droite, le think tank et l'expression suprême de la réaction. Ça ne vous paraît pas un peu sectaire, passablement stupide et réducteur comme "preuve"? Finalement, pas plus sectaire et "stal" que l'anticommunisme.

Les "chiens de garde" existent, on les connaît, mais la presse n'est pas un bloc de chiens de garde, tous vendus à Bollore. Et même les chiens de garde sont parfois obligés de regarder la vérité et la réalité en face et de faire leur métier. Ils sont payés pour et doivent de temps en temps le justifier.

Faire son métier est aussi de temps en temps plus jouissif que de répéter la voix de son maître. Sans compter que dans la presse on se lit, s'écoute, se surveille mutuellement et, dans la presse, on se retrouve toujours. Ça compte aussi, la crédibilité, qu'elle que soit la carte de presse.

Mes amis journalistes savent de quoi je parle. Bien davantage ceux qui ont eu, comme moi, le privilège et la chance d'apprendre à analyser et rédiger une revue de presse, sous la direction de Laurent Salini, de Fernand Chatel et de Nelly Feld, il y a des plombes, à la rubrique Luttes de l'Humanité.

 


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